Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 00:42

takeda tokimune 1

 

En février 2010; la magazine japonais Hiden consacrait un dossier spécial au Daito ryu tel que l'a transmit Tokimune Takeda, fils et successeur du célèbre Sokaku Takeda. Un bon moyen de se rappeler de ce personnage dont l'importance dans le renouveau et l'organisation du Daito ryu est relativement peu connu bien que primordiale.

 

Je vous en propose aujourd'hui une traduction.

 

Tokimune démo

 


L'étude vers l'acquisition de l'Aiki

 

Alors donc, qu'est-ce que l'Aiki ?

 

Muscles extenseurs, électricité, cerveau, respiration (kokyu)... Diverses choses ont été dit à propos des éléments de l'Aiki. Au sens large, on peut dire qu'un des points fondamentaux est de contrôler en provoquant une réaction physiologique chez l'autre.

 

Pour prendre l'exemple le plus simple qui soit, il est très basique de fermer les yeux lorsque quelque chose surgit devant notre visage, un peu comme le Nekodamashi du sumo.

 

(NdT: Le Nekodamashi est une sorte de coup bas du sumo qui consiste à faire claquer ses mains à hauteur du visage de son adversaire afin de lui faire fermer les yeux et ainsi en tirer un avantage.)

 

Ainsi dans les densho (rouleaux de transmission) de Sokaku, il y a une série de techniques qui débute par une frappe aux yeux et il va sans dire, que en pratique, au niveau du visage, la porte d'entrée de l'aiki est le plus facilement trouvable, afin d'obtenir une réaction physiologique, aux niveaux des yeux.

 

Il est naturel qu'en plus de la réaction des yeux, il y ait une réaction physiologique.Naturellement si on retire la main (qui se trouve devant le visage de l'adversaire), il revient vers nous immédiatement et si on pousse, cela provoque une résistance chez lui.

 

photo-4-

 

Une réaction physiologique lorsqu'on est saisi, lorsqu'on est saisi, lorsqu'on est frappé, c'est quelque chose de varié.

 

En jetant de nouveau un oeil aux techniques transmises par Tokimune, on remarque que l'on commence par des situations où l'on provoque vertaines réactions physiologiques en frappant du Tegatana le visage, en saisissant la poitrine, le bras, le poignet. Et à partir de là, on se rend compte qu'il y a la structure pour retourner la technique.

 

En alternant les rôles, les pratiquants accumulent l'expérience des réactions apparaissant dans leurs corps et dans ceux de leurs partenaires. On apprend ainsi à contrôler petit à petit une réaction physiologique qu'il est difficile de maîtriser à l'origine.

 

tokimuneshidou

 

C'est ce que suggèrait Tokimune lorsqu'il disait à propos de l'Aiki:

 

"L'Aiki, c'est la défense face à l'adversaire qui vient attaquer, c'est Ato no sen. Au contraire, aller attaquer l'adversaire, c'est le Kiai. C'est l'esprit léger et vif qui s'harmonise avec le ki: si on est poussé, on tire et si on est tiré, on pousse."

 

(NdT: Ato no sen désigne le stade supérieur de la défense, c'est une manière de reprendre l'initiative sur l'initiative de l'adversaire)

 

(NdT: Il est sans doute bon de rappeler que Aiki et Kiai sont composés des deux mêmes kanji ordonnés de manière opposée)

 

Dans les kata de nombreux bujutsu, concernant l'efficacité dans une situation réelle, on peut avoir des doutes mais ce n'est pas de bouger comme dans le kata qui est important, c'est bouger en tirant partie de la réaction que l'on a développé avec. C'est pourquoi Tokimune ordonna les kata en ayant à l'esprit les élèves, l'époque et la société.

 

Tokimune a écrit, "Pour apprendre le Daito ryu Aiki jujutsu, il faut le faire avec les bases" et il disait, " En incorporant les arcanes du kenjutsu, du sojutsu, du bojutsu, etc, à l'Aiki jujutsu, sans avoir besoin d'une arme, on utilise la force adverse de manière inconsciente, au moyen de la force physique, de la force mentale; on rend sa propre force plus efficace. On forme la pensée de Iraishin (pensée d'indépendance) où la protection des armes n'est plus nécessaire".

 

C'est un discernement extraordinaire, n'est-ce pas.

 

 

 

Dans de nombreux bujutsu, on a l'habitude de dire que "l'arcane de l'art se trouve dans la première technique" et c'est également valable pour le Daito ryu, où la première technique de Ikkajo Idori, que l'on nomme Ippon dori, contient la quintescence de l'art.

 

(NdT: Ikkajo désigne le premier groupe de techniques du programme du Daito ryu, Idori est le terme qui indique que les deux partenaires débutent en position assise)

 

時宗4

La technique Ippon Dori de Ikkajo démontré ici dans sa forme debout (Tachi ai)

 

Sur une frappe Shomen uchi (de la main droite), on saisit le bras à deux mains, en immobilisant le coude, on frappe la région du flanc et du ventre en créant le déséquilibre puis on immobilise le bras.

 

Au sein de cette forme brève sont inclus de manière claire les quatre éléments de base: recevoir (ukeru), saisir (toru), frapper (utsu) et immobiliser (osaeru).

 

Dans les techniques Uragote et Uchigote de la série Yonkajo, on contrôle et on renverse par une série de mouvements qui se lient à partir du contrôle de l'attaque Shomen uchi.

 

Copy of 時宗4

La technique Uragote de la série Yonkajo

 

En apparence, cela semble complètement différent, mais en vérité en conservant les éléments cultivés avec Ikkajo et en compressant davantage, on obtient Yonkajo.

 

On travaille l'aiki à partir de l'expérience accumulée petit à petit depuis Ikkajo. C'est pourquoi on peut faire tomber de manière fluide sans provoquer de résistance.

 

 

TT 1

Tokimune Takeda au Daitokan dojo

 

Jo de Takeda

 

Une lignée familiale de Bushi - Le jo transmis dans trois générations dans la famille Takeda.

 

Au dojo Daitokan se trouvait un jo ayant servi à trois générations de Takeda: Sokichi, Sokaku et Tokimune.

 

Plus long qu'un jo ordinaire (env. 128cm) il mesure 148 cm de long et possède un diamètre de 3,9 cm.

 

C'est un objet très lourd qui inclut une barre de fer dans sa longueur et dont les deux extrémités, d'un noir luisant, sont également cerclées de fer. Il peut facilement casser un sabre.

 

 

Jo schéma

Sur le schéma ci-dessus, la partie hachurée représente de l'acier ancien.

 

Sokichi (NdT: père de Sokaku), un homme de grande taille, était le chef d'un groupe de lutteurs (sumo) de Aizu (NdT: domaine de la région de Fukushima), utilisait ce jo avec aisance, l'emportant avec lui lors de son Musha shugyo, ainsi que lors de sa participation à l'incident de Hamagurigomon no hen et à la bataille de Toba Fushimi.

 

(NdT: Musha shugyo est le voyage itinérant qu'effectuait un guerrier pour parfaire sa formation)

 

(NdT: Hamagurigomon no hen est une rebellion qui se passa en 1864 au cours de laquelle des membres du clan Choshu attaquèrent une des portes du palais de Kyoto; leur tentative échoua grace à l'intervention du clan Satsuma et de celui d'Aizu)

 

(NdT: La bataille de Toba Fushimi qui débuta en 1868 apposa les forces pro-impériales aux forces shogunales de Tokugawa durant la guerre de Boshin)

 

Bien que Sokaku qui mesurait 1m50 environ ne le portait jamais en marchant, il le manipulait en guise de Tanren.

 

Tokimune plaça ce jo au Daitokan, et les élèves s'y rendant s'en servaient également pour les Tanren. On peut à travers lui ressentir la grandeur des senpai du passé.

Par budoshugyosha - Publié dans : Traduction - Communauté : Budo
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Tokimune pratiquait également des suburi avec une arme constituée par un tronc d'arbre d'un diamètre relativement important et d'une longueur avoisinant les 200 cm, cette information m'a été donnée par MASAMI Sasaki Shihan, ce qui explique, entre autre, la taille des poignets de Tokimune qui est très impressionante. A priori, il y avait beaucoup d'outils fabriqués "maison" au Daitokan servant au renforcement musculaire et au développement de la puissance.

Encore bravo et merci pour l'initiative.

Commentaire n°1 posté par Raphael Deutsch le 18/01/2012 à 10h59

Oui, je crois avoir lu ce fait, il y a longtemps...j'ai le souvenir d'un article dans l'ancien magazine "Dojo arts martiaux", où feu Gérard Gras (à l'époque président FFAB île-de-France) avait rendu visite au Daitokan...mais cela doit remonter à près de 20 ans...

Réponse de budoshugyosha le 18/01/2012 à 12h50

Une dernière précision: Sagawa également possedait un Jo de ce type qu'il faisait tournoyer à une vitesse folle en dépit de son poids. Cela n'est pas sans rappeler un célèbre personnage de fiction: Lu Da, dit sagesse profonde ou encore le Bonze tatoué qui se servait d'un bourdon d'un poids colossal.

Commentaire n°2 posté par Raphael Deutsch le 18/01/2012 à 11h02

Je ne connaissais ni Lu Da ni le Bonze tatoué mais en effet ce type de pratique correspondait bien également à ce que faisait Sagawa.

Merci pour ces trois commentaires.

Réponse de budoshugyosha le 18/01/2012 à 12h52

Lu Da est un personnage haut en couleurs issu de l'ouvrage monumental "au bord de l'eau, une véritable merveille littéraire que je te conseille.

Commentaire n°3 posté par Raphael Deutsch le 18/01/2012 à 16h51

J'en prend bonne note

Merci beaucoup.

Réponse de budoshugyosha le 20/01/2012 à 02h57

Présentation

Derniers Commentaires

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés