Jeudi 6 janvier 2011 4 06 /01 /Jan /2011 07:29

Dans son hommage à Tamura sensei, la revue Seseragi publie notamment trois des poèmes écrit par sensei dans ses derniers mois sur Terre. Tous sont à la fois triste et beau, celui du mois de mai évoqué par Léo dans son article par exemple, mais c'est vers celui du mois de juin, que sont tournées mes pensées aujourd'hui.

 

Tamura sensei reprend le poème funéraire d'un illustre homme (sabreur, calligraphe, bouddhiste zen) du passé, mort d'un cancer de l'estomac en 1888, auquel il rajoute la simple ligne:

 

Pouvoir partager l'expérience ultime de Tesshu sensei est un honneur, un privilège.

 

 

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Tamura sensei


 

Cet homme se nommait Yamaoka Tesshu, et plus encore que l'expert en sabre, c'est l'être humain qui est resté dans la légende.

 

On raconte que la veille de sa mort, ses élèves avaient renoncés à s'entraîner pour être à ses côtés dans ses dernieres heures. Il leur déclara simplement, " l'entraînement est la seule façon de m'honorer".

 

J'avais cité le nom de Yamaoka Tesshu dans mon article sur l'Ichikukai Dojo, et si je connaissais un peu le personnage apparu dans divers ouvrages, les détails m'échappaient.

 

C'est donc tout naturellement, en hommage à Tamura sensei, que je vous propose une présentation de Yamaoka Tesshu.

 

Tessu

 

Yamaoka Tesshu

 

 

Né sous le nom de Ono Tetsutaro le 10 juin 1836, ce célèbre bushi de la période Bakumatsu (fin du shogunat Tokugawa 1853-1868) joua un rôle important dans la restauration de Meiji.

 

Il fut un célèbre bouddhiste, calligraphe et sabreur.

 

Son père était un serviteur du shogunat Tokugawa et sa mère, fille d'un prètre shinto du Kashima Jingu.

 

Il débute à 9 ans l'étude du kenjutsu du Jikishinkage ryu et plus tard pratique l'école Ono ha itto ryu.

 

A 17 ans, il rejoint l'institut militaire Kobukan et l'école de lance Yamaoka sous la direction de Yamaoka Seizan. Ce dernier décéda peu de temps après. Tetsutaro épousa sa soeur et adopta le nom de Yamaoka.

 

Il était déjà très talentueux dans les arts martiaux malgré sa jeunesse.

 

A 28 ans, battu par un sabreur de l'école Itto ryu, Asari Gimei, il devint son élève. Malgré sa force et sa jeunesse, il ne pouvait faire face à l'état mental de son maître. Il augmenta alors ses efforts en s'entraînant davantage et en pratiquant la méditation. Nuit et jour, dormant ou mangeant, il pensait constamment à l'escrime.

 

En 1856, il est instructeur en chef du Kobukan et en 1863, il devient superviseur du Roshigumi, une troupe de ronin servant de force auxilliaire (mercenaires) à l'armée shogunale.

 

En 1868, il est nommé chef du Sei Eitai, troupe d'élite de gardes du corps du shogun Tokugawa Yoshinobu.

 

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Le dernier shogun Tokugawa

 

Il fut chargé par la suite de mener les négociations face à Saigo Takamori qui se rebellait contre le gouvernement.

 

Ce dernier parla de lui en ces termes:

 

"C'est le trésor du shogun Tokugawa. C'est un homme endurci pour négocier. Il ne se soucie pas de sa vie, de son honneur ou de l'argent. S'il n'était pas ainsi, nous n'aurions pas été capable de discuter ensemble des affaires importantes de notre pays. C'est un homme vraiment désintéressé."

 

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Saigo Takamori

 

 

Après la restauration de Meiji, il devient officiel du domaine de Shizuoka puis gouverneur de la préfecture Imari.

 

Il deviendra plus tard, chambellan de l'empereur Meiji.

 

En 1880, le 30 mars, à l'âge de 45 ans, il atteignit le Satori. Il se rendit au dojo de son maitre, qui reconnut le fait qu'il avait atteint l'illumination.

 

Peu après, Yamaoka ouvre son propre dojo et fonde l'école Itto Shoden Muto ryu. Il oeuvra à maintenir dans son dojo, le style du "non-sabre", où le guerrier réalise qu'il n'y a pas d'ennemi, et que seul compte la pureté du style.

 

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Yamaoka Tesshu

 

 

Se rendant compte des limites de la pratique dans un dojo dès cette époque, il introduisit dans la pratique du sabre, l'exercice Tachigiri no seigan.

 

En effet, les disciples de Yamaoka Tesshu avaient fait le voeu de se soumettre à l'entraînement suivant:

 

Au préalable, accomplir 1000 jours d'entraînement sans en manquer un seul, puis première phase, pendant deux jours, 200 combats par jour seul et sans pause, contre 20 adversaires pouvant se reposer et combattre tour à tour.

 

La phase deux et la phase trois consistaient en la même chose mais durant respectivement trois et sept jours.

 

Et finalement, 1000 jours d'entraînement de 4h du matin à 8h du soir, en affrontant 100 adversaires par jour.

 

Yamaoka Tesshu était grand, environ 1m80, ce qui était assez inhabituel pour l'époque et très athlétique. Sa pratique intense du sabre, du zen et de la calligraphie lui valut le surnom de "Démon Tesshu".

 

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Il est connu comme un des trois shu de Bakamutsu (Bakamatsu no sanshu), trois célèbres artistes de l'époque qui sont:

 

  • Yamaoka Tesshu
  • Takahashi Deishu (1835-1903)
  • Katsu Kaishu (1823-1899)

 

Ce dernier, officier de la marine japonaise et homme d'état, décriva son ami comme suit,

 

"Tesshu était comme un miroir limpide, sans pensée égoiste. Il prenait ses décisions instantanément et ne faisait jamais d'erreur dans aucune situation."

 

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Katsu Kaishu

 

 

Yamaoka Tesshu mourrut à 52 ans d'un cancer de l'estomac.

 

La veille de sa mort, alors que ses élèves avaient renoncé à s'entraîner pour être à ses côtés dans ses derniers instants, il leur dit, "L'entraînement est la seule façon de m'honorer".

 

Avant de mourir, il composa son poème funéraire, que j'évoquais au début de cet article:

 

腹張って

苦しき中に

明け烏

 

Hara hatte

Kushiki naka ni

Akegarasu

 

La peine au ventre

Plongé dans la souffrance,

Corbeaux de l'aube

 

 

Puis il s'assit en seiza, ferma les yeux et mourrut ainsi. C'était le 19 juillet 1888.

 

 

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Yamaoka Tesshu

 

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Tamura sensei

Par budoshugyosha - Publié dans : Réflexion de l'instant - Communauté : Budo
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Commentaires

Billet très intéressant, bel hommage aussi.

Merci de partager tout cela.

- S -
Commentaire n°1 posté par SebastienB le 07/01/2011 à 08h44

Merci pour la lecture

Réponse de budoshugyosha le 07/01/2011 à 09h20
Bien quel diable d'homme !
L'entraînement que tu décris était bien réél ? J'ai peine à imaginer le niveau qu'il fallait, il est clair que les capacités athlétiques ne peuvent suffire.
Existe-til des écoles qui ont gardé ce type d'intronisation-parcours du combattant ( arme ou main ) ?

Meilleurs voeux,
Tangi
Commentaire n°2 posté par Spiral le 07/01/2011 à 09h06

Meilleurs voeux à toi aussi Tangi

Il est clair que l'entrainement me parait inhumain à moi aussi...je vais taché d'approfondir ma recherche

Réponse de budoshugyosha le 07/01/2011 à 09h22
Salut Eric,

je te souhaite une excellente année à venir, pleine de riches expériences.
Je ne puis m'empêcher de te renouveler mes remerciements pour la qualité de tes articles, et le rythme soutenu avec lequel tu les rédiges. Merci donc pour ton engagement.

Je voulais te faire part d'une information que j'ai reçue de maître Ikeda Hiroshi : la tenue d'un séminaire d'aiki au Japon en Octobre 2011. Je me considère comme un de ses élèves, c'est pour ça que je me permet de faire un peu de pub :)
La pratique qu'il propose est très profonde, en ce sens qu'elle explore le fond sans s'encombrer de la forme, un peu je pense dans le style de maître Akuzawa. Bien sûr la forme y est toujours, mais ce n'est qu'une conséquence d'un mouvement harmonieux de la structure (frame), parfaitement adapté à la sollicitation de l'attaquant/partenaire.
Voilà, je te livre le texte brut du mail reçu, ne sachant pas comment poster une page HTML :

Aikido International Bridge Seminar
Kumamoto, Kyushu JAPAN
October 20-23, 2011

I would like to invite all my Aikido friends to join us at the Aikido International Bridge seminar in Kyushu Japan on October 20-23, 2011 to train in an exchange of friendship, aikido spirit and skill. The primary instructors are Hiroshi Ikeda Shihan (Boulder Aikikai, USA), Munetsugu Sakabe Shihan (Aikido Aishinkan, Japan), guest Kenji Shimizu Shihan (Tendo-Ryu Aikido, Japan) and other teachers. We will send more detailed information in January 2011. Please add this seminar to your 2011 event calendar.

Hiroshi Ikeda

Printable Flyer
Download a flyer at http://aikidobridge.com/2011japan.pdf

Ciao !
Commentaire n°3 posté par frédéric le 07/01/2011 à 09h32

Merci pour la lecture et pour les infos, j'en prend bonne note.

A bientôt

Réponse de budoshugyosha le 07/01/2011 à 16h18
Pour info complémentaire, et à toutes fins utiles :
l'histoire de Yamaoka Tesshu sert de point de départ au développement de l'ouvrage de Kenji Tokitsu "Les Katas". (premier chapitre :"Tesshu ou l'exemple d'une Vie")
Commentaire n°4 posté par Eddie le 11/01/2011 à 12h45

Bonjour,

Merci pour la lecture et pour le complément d'informations

 

Réponse de budoshugyosha le 11/01/2011 à 13h36

Salutation Eric,

 

Cet article me semble en deux temps un par maître Tamura puis par maître Tesshu est assez  passionnant. Sur la forme, je me souviens de Toshiro parlant des heures d'entraienement intense et répétitf, donc cela semble plausible que ce type d'entraienement est eu lieu, par ailleurs, même si il n'y a pas eu, quelle invitation a pratiquer!

Le fait que tu termines par la poésie me pose interrogation. Je constate que de nombreux maîtres de toutes époques et toute discipline confondues du Budo ou du Bouddhisme, ou du Shinto exprimaient leur enseignement, leur moment fort en prose/poésie. As tu rencontré un enseignant ou pendant que tu es au japon, un mâitre qui en parle? Je veux dire, qui se situe quant a cet art?

Merci a toi.

A bientôt

Commentaire n°5 posté par jonathan le 28/02/2011 à 09h45

Effectivement, de nombreux experts martiaux ont, à travers les époques, pratiqués la poésie...ce qui n'est pas surprenant si on considère que de par la tradition, le guerrier japonais associait l'art de la plume (ou plutôt du pinceau) à celui du sabre.

Je n'ai pas rencontré de maitres qui aborde le sujet...mais au Japon, on ne parle pas toujours ouvertement de choses dont on pense que cela n'intéressera pas autrui

Mais je sais que par exemple, Saito Hirohira de l'aikido d'Iwama étudia la calligraphie auprès du maitre Abe d'Osaka...c'est ce dernier qui initia également O sensei.

Et dans un autre registre artistique, Akuzawa sensei est un grand connaisseur de musique classique...mais je m'éloigne de ta question, désolé

Réponse de budoshugyosha le 01/03/2011 à 01h15

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